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L’examen neuropsychologique

L'examen neuropsychologique, contrairement à ce que sa dénomination pourrait laisser croire, ne comporte pas d'investigations proprement neurologiques. Initialement, la neuropsychologie se centrait sur l’étude des dysfonctionnements cognitifs de l’adulte (cérébrolésé, accusant une dégénérescence cérébrale, souffrant de troubles neuropsychiatriques…), ce qui a permis d’établir des modèles de la cognition, les uns pour le langage écrit, les autres pour les processus mnésiques, ou encore pour l’attention, etc. Chez l’enfant et l’adolescent, les modèles issus de la neuropsychologie de l’adulte ne peuvent pas être appliqués tel quel, puisqu’il s’agit d’une population en pleine maturation et en pleine acquisition de connaissances. La démarche vise donc à comprendre une difficulté d’apprentissage comme la résultante d’une ou de plusieurs fonctions cognitives en lien avec un dysfonctionnement cérébral supposé. Dans cette perspective, les aspects psychoaffectifs et psychodynamiques de l’enfant ou de l’adolescent ne sont pas considérés comme cause initiale d’un trouble de l’apprentissage, sauf troubles profonds de la personnalité. Il s’agit pour le neuropsychologue de mettre en relief les capacités cognitives préservées de celles défaillantes. A partir de l’évaluation d’une efficience cognitive globale, le neuropsychologue procède à l’exploration des différentes fonctions cognitives, qualifiées également de « fonctions corticales supérieures » (attention, mémoire, fonctions langagières, praxies, gnosies, traitement visuo-spatial, fonctions motrices) et à leur mise en perspective avec l’ensemble des informations recueillies. Pour chaque fonction testée, le neuropsychologue fait varier la tâche proposée à l’enfant ou l’adolescent dans son type « d’entrée » (mode verbal, visuel, moteur...), dans le type de traitement cognitif que cela suppose pour le sujet (traitement séquentiel, simultané, parallèle…) et dans son type de « sortie » (mode de réponse demandée au sujet, verbale orale, verbale écrite, motrice…). De là, il peut définir finement les fonctions efficientes et celles déficientes, mais encore mettre en évidence au sein d’une même fonction évaluée, des dissociations, à savoir une composante précaire à côté de composantes fonctionnelles. Par cette démarche, il peut dégager des critères précis en cas d’un trouble spécifique du développement, nécessaires pour poser un diagnostic en terme de dyslexie, de dyspraxie, de dyscalculie, etc.
Prenant appui sur l’efficience cognitive globale, l’examen neuropsychologique apporte des informations relatives :
- aux fonctions exécutives et attentionnelles (cf glossaire : définies comme l’ensemble des fonctions nécessaires au contrôle et à la réalisation de comportements dirigés vers un but (formulation d’un but, planification des actions pour atteindre ce but et exécution ; engagement et maintien des ressources attentionnelles). Ces fonctions recouvrent l’ensemble des processus nécessaires à la réussite de tâches complexes requérant :
o l’analyse de la situation,
o la sélection d’informations pertinentes et leur maintien en mémoire à court terme,
o l’élaboration d’un plan d’action fondé sur une stratégie auto-générée,
o la capacité à changer de plan en fonction des modifications des messages environnementaux,
o l’inhibition des réponses non pertinentes liées à des stimuli interférents ou distracteurs,
o le maintien du programme de réponse jusqu’à sa réalisation complète.
o la capacité attentionnelle (comprenant deux plans, qualitatif et quantitatif) de mobiliser ses ressources psychiques pour le traitement d’une situation, d’une activité, d’une interaction ou d’une énonciation présentes. Définie de cette manière l’attention s’avère extrêmement dépendante de la capacité à mobiliser les ressources psychiques disponibles, donc extrêmement dépendante de la mémoire. Dans le cas d’un trouble développemental, on s’intéresse plus particulièrement à l’état de maturation des capacités attentionnelles : contrôle et maintien dans la durée ; distribution des ressources ; empan de la mémoire de travail définie comme capacité de stockage de l’information présente, sur la base d'un potentiel de traitement finalisé ;
On s’intéresse ainsi à la capacité de raisonnement, mesurant à la fois les connaissances, l’expérience et l'habileté argumentative proprement dite. Les raisonnements impliquant des relations séquentielles ou spatiales correspondent en particulier à l'exercice de fonctions cognitives qui peuvent être affectés dans les troubles de l’apprentissage. Il s’agit aussi d’évaluer les capacités de planification mentale, c’est-à-dire l’organisation et la coordination des routines de fonctionnement, en partie corrélées à la mémoire de travail : mécanismes de suivi et d’adaptation stratégique, capacité de réaction et d'ajustement à la nouveauté…
- aux fonctions mnésiques : les processus d’encodage, de stockage et de récupération (verbaux versus visuels) ; la mémoire immédiate, la mémoire de reconnaissance, la mémoire à long terme, le manque du mot…
- aux fonctions instrumentales : langage, calcul, activités gestuelles, activités visuo-constructives, compétences visuo-spatiales, gnosies ;
- aux fonctions sensori-motrices.
Pour autant qu'il soit compris comme photographie essentiellement provisoire de la situation, le bilan neuropsychologique permet fréquemment, en parallèle, de faire prendre sens à des données orthophoniques et/ou psychomotrices hétérogènes. Il facilite en effet leur « mise en ordre », la distinction des fonctions qui pourraient « récupérer » et celles qui menacent de rester déficitaires.
La rigueur y est de mise. Le diagnostic de « dyslexie » (difficulté de l’apprentissage de la lecture) ne peut se poser par exemple qu’en présence d’éléments précis et par l’objectivation d’un retard d’acquisition de la lecture de deux ans par rapport à la norme. Si « dyslexie » il y a, il faut encore pouvoir définir le type de dyslexie (de nature phonologique, de nature visuo-spatiale…), autant de données essentielles pour une remédiation ciblée. Pour chaque type de pathologies, il en est ainsi.
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