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Qu’est-ce qui vous a aidé à l’école ?

J'ai été au collège qui était intégré au centre de rééducation. J’ai été jusqu'en classe de quatrième (péniblement puisque j’ai redoublé trois fois). Puis j'ai passé mon CAP de gestion informatique. Les professeurs ont été vraiment importants pour moi car ils ne m'enfermaient pas dans mes incapacités. Je me souviens par exemple de ma prof de français qui m’a expliqué la différence entre les accents grave et aigu. Je n’arrivais pas à comprendre. Elle a cherché dans ses connaissances et dans ses livres comment elle pouvait m'expliquer et elle s'est assurée que je puisse acquérir ces connaissances. Après c'était acquis, acquis pour la vie. Une fois que j'ai compris, j'ai compris. Mais il faut vraiment prendre du temps pour m’expliquer. Ça a été la même chose pour le permis de conduire. J’ai pris pas mal de leçons de conduite pour mémoriser, apprendre. Mais le moniteur a compris qu’une fois que je sais, je garde mes acquis. Et il ne m’a pas jugé incompétente, du fait de ma lenteur. Parce que l'on peut confondre « lenteur » et « incapacité à comprendre » : ce n'est pas parce que je suis lente que je ne vais pas y arriver.
J'ai eu un professeur d’anglais qui m'a également beaucoup apporté. J’ai pu participer avec la classe à un voyage en Angleterre, découvrir que je pouvais faire un certain nombre de choses comme les autres jeunes valides, m’ouvrir à des centres d’intérêt nouveaux.
J'ai eu des coups de pouce comme ça qui m'ont d'abord permis de comprendre que je pouvais être aimée, parce qu'il y a de l'amour dans tout ça… et donc ça c'était important pour moi, pour me construire et voir d'autres horizons. Et pour pouvoir devenir, pas à pas, ce que j'avais envie d'être. En tout cas, c'est cette attitude de non enfermement qui m'a touchée et qui encore aujourd'hui, me donne envie de vivre. Ça a provoqué et nourri mon envie de me changer, de travailler sur moi, de me dépasser. J’ai goûté à l’intérêt de rencontrer des gens, d’échanger. Ce sont en partie les attitudes des professeurs, sur lesquelles je me suis appuyée, qui m’ont appris qu’on ne peut pas vivre tout seul : on est obligé de rencontrer des gens, d'aimer des gens, de s'adapter parfois, d'écouter l'autre… tout ça a été porteur pour moi.
Avant le centre de rééducation motrice, en élémentaire j'ai été dans « les écoles valides ». Dans la classe, j'étais lente. Ma mère venait me chercher pour aller en kiné. J’allais en classe et en récréation. Je prenais un rollator pour les temps de récréation.
C’est à ma demande, relayée par ma mère, en fin de CM2, que j’ai été orientée dans un centre de rééducation : je grandissais et les relations étaient devenues difficiles pour moi avec les autres élèves. Et puis je n'avais pas le même rythme et je me sentais perpétuellement en décalage. Cela est devenu insupportable pour moi. On ne parle pas du handicap avec les autres enfants. Le problème est là. Il y a plein de non-dits. Si les parents n'en parlent pas, on n'ose pas en parler nous-mêmes. Ça peut être douloureux. Alors, en récréation , je restais avec une copine dans la cour. Il fallait faire attention à moi parce que je pouvais tomber très facilement. C'était compliqué. Pour aller aux toilettes également, c'était compliqué. J’avais peu de copines. Parce que les enfants de la classe « normale » n'étaient pas préparés à m’accueillir et se posaient aussi beaucoup de questions sur moi : comment peut-on l'aider ? Mais ils se posaient ces questions entre eux, sans oser me parler. Et moi, je restais silencieuse et gênée…
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